Deux jours à Palerme
Nous avons eu l’occasion de découvrir Palerme pendant deux jours, lors d’un voyage en train à travers l’Italie (voir notre article dédié).
Capitale de la Sicile, Palerme est une ville au passé très riche, marquée par des influences grecques, arabes, normandes, espagnoles … qu’on retrouve dans ses monuments, ses églises et ses places. Palerme c’est aussi une atmosphère unique : des rues décrépies, des marchés à l’ambiance survoltée, un environnement idyllique entre mer et montagne, et une identité méditerranéenne aux accents africains.
Voici le récit de notre séjour : visites, coups de cœur et déceptions.
Se rendre et se déplacer à Palerme
Il n’est pas possible de rejoindre Palerme en train depuis la France pour un city trip de quelques jours, cela nécessite au minimum deux correspondances, dont un train de nuit. Nous avons fait les étapes suivantes depuis Bordeaux : Paris, Milan, côte amalfitaine à l’aller, puis Naples, lac de Côme et Zurich au retour. Il est possible de faire des correspondances dans de nombreuses villes italiennes, Rome ou Florence par exemple. Il existe aussi un train de nuit direct de Milan à Palerme, mais il met plus de 22 heures !
Une fois arrivé à Palerme, inutile de louer une voiture pour visiter la ville : tout se fait très facilement à pied. En revanche, pour explorer les alentours, une voiture peut s’avérer utile, hormis pour visiter Cefalù qui est facilement accessible en train depuis Palerme.
Les édifices religieux
Difficile de visiter Palerme sans entrer dans au moins une église, la ville en compte près de 600 avec les couvents !
Nous avons visité la Chiesa e Monastero di Santa Caterina d’Alessandria, un magnifique ensemble baroque du XVIᵉ siècle. La visite complète comprend l’intérieur de l’église très richement décoré, les toits de l’église d’où l’on peut profiter d’une belle vue sur Palerme, et le cloître qu’on n’a pas trouvé exceptionnel. Ne manquez pas la pâtisserie du couvent, réputée pour ses cannoli préparés selon la recette traditionnelle des religieuses. Certains les considèrent comme les meilleurs de Palerme, c’est vrai qu’ils étaient excellents ! Lors de notre passage, une partie du site était en travaux, le prix d’entrée nous a paru un peu élevé vu ce qu’il était possible de visiter.
Juste à côté, la Martorana, église orthodoxe fondée au XIIᵉ siècle, nous a beaucoup plu : cette petite église abrite de magnifiques mosaïques byzantines, un vrai bijou !
Un peu plus loin, la Chiesa del Gesù, joyau baroque reconstruit après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, est l’une des premières églises jésuites de Sicile (fin XVIᵉ siècle). L’intérieur est très riche, avec une profusion de décors de stucs, de marbres polychromes et peinture, il y en a absolument partout, pas un cm 2 n’est épargné ! L’entrée était gratuite en 2025, mais un groupe d’hommes à l’entrée a tenté de nous arnaquer en exigeant un paiement. Nous savions qu’elle était gratuite, mais beaucoup de touristes se laissent malheureusement avoir…
Enfin, la cathédrale de Palerme est sûrement l’église la plus emblématique de la ville. Construite sur l’emplacement d’une ancienne mosquée, elle présente un mélange unique de styles : normand, gothique, baroque et néoclassique, fruit de nombreuses transformations depuis sa fondation en 1185. L’extérieur, avec ses flèches, ses arcs et ses portails sculptés, est impressionnant. L’intérieur, en revanche, est bien plus sobre, surtout après avoir vu les églises précédentes ! Moyennant un supplément, on peut visiter les tombeaux royaux (dont ceux des rois normands et de l’empereur Frédéric II), le trésor, la crypte et monter sur les toits.
Les rues et places emblématiques
Palerme, ce sont aussi des places magnifiques et des rues pleines de caractère, mais malheureusement en travaux pour beaucoup d’entre elles.

Au croisement de la Via Maqueda et de la Via Vittorio Emanuele, la place baroque des Quattro Canti (« les quatre chants ») est probablement la plus connue de la ville. Elle se compose de quatre façades concaves, réparties sur trois niveaux, ornées de fontaines représentant les quatre fleuves de Palerme, surmontées de statues des quatre saisons, elles-mêmes dominées par les quatre rois espagnols, et enfin les quatre saintes patronnes de la ville.
À quelques pas, la piazza Pretoria, surnommée « la place de la honte » à cause des statues dénudées de sa fontaine monumentale du XVIᵉ siècle, est entourée d’églises et de palais. C’est selon nous la plus belle place de Palerme… mais elle était en travaux lors de notre passage !
La piazza Bellini, voisine immédiate de la piazza Pretoria, est aussi charmante. Elle est bordée de plusieurs monuments emblématiques : l’église de la Martorana, la Chiesa di San Cataldo, et le Monastère de Santa Caterina.
La piazza San Domenico, dans le quartier de La Loggia, est une autre belle place dominée par l’église baroque du même nom et la Colonna dell’Immacolata en son centre. Elle aussi était en travaux lors de notre visite.
Palerme est divisé en quatre par la via Vittorio Emanuele et la via Maqueda. Ces deux rues piétonnes sont les plus touristiques de Palerme, on y trouve une succession de restaurants, bars et autres magasins pour les touristes, l’ambiance est toujours très animée. Sur la via Vittorio Emanuele, il ne faut pas manquer le mémorial de la mafia qui un espace gratuit et pédagogique retraçant l’histoire de la criminalité organisée en Sicile. On y découvre des panneaux explicatifs, des photos et des témoignages sur les événements clés liés à la mafia, ainsi que les luttes menées par la société civile. Sur cette même thématique, on est tombé par hasard sur le Muro della legalità, un street art rendant hommage aux personnes mortes en luttant contre la mafia.
Se perdre dans les rues fait partie intégrante de la découverte de Palerme. Certaines sont charmantes et proprettes, la plupart sont bruyantes, sales et bordéliques. On se fait frôler par des scooters, on tombe sur des marchés improvisés, on surprend des scènes de vie. C’est parfois chaotique mais toujours dépaysant, et c’est ça qui fait le charme de la ville.
Les palais et autres monuments
Palerme regorge de palais, vestiges de la richesse passée de ses familles aristocratiques et témoins des différentes époques. Beaucoup sont aujourd’hui abandonnés ou en ruine ; seule une poignée reste accessible au public. Plusieurs adresses conseillées dans notre guide du routard 2018 comme le Palais des Normands, le Palais du Guépard ou le Palais Mirto – étaient fermées ou en restauration, et certains palais ont des horaires d’accès restreints.
Le palais des Normands, ancienne résidence des rois normands de Sicile, est une visite incontournable… que nous avons contournée ! Ce palais est célèbre pour sa Chapelle Palatine, chef-d’œuvre de mosaïques byzantines, et pour ses appartements royaux, ouverts certains jours. Nous ne l’avons pas visité car la chapelle était en travaux et le prix de l’entrée n’avait pas été ajusté. Une alternative souvent conseillée est la cathédrale de Monreale, réputée pour ses mosaïques dorées qui rappellent celles de la Chapelle Palatine. Faute de temps – et un peu découragés par les trajets en bus depuis le centre – nous n’y sommes pas allés.
Dans le quartier de la Kalsa, nous avons découvert le Palazzo Abatellis, qui abrite aujourd’hui la Galerie régionale de Sicile et une riche collection d’art religieux et flamand. Comme ce n’est pas trop notre tasse de thé, nous nous sommes contentés d’admirer sa belle cour intérieure.
Nous avons également admiré les façades des palazzo Galleti di San Cataldo – Dagnino, Steri, des palais entourant le Giardino di villa Garibaldi.
À Palerme, il n’est pas rare de tomber sur des palais (parfois délabrés), ouvrez l’oeil !
Un autre monument immanquable à Palerme est Teatro Massimo, troisième plus grand opéra d’Europe, après ceux de Paris et Vienne. Il est situé sur l’immense place Giuseppe Verdi qui permet d’admirer toutes ses façades. C’est ici qu’a été tournée la scène finale du Parrain III. Nous avons testé la visite guidée : intéressante mais trop rapide pour le prix, et l’état de certains espaces nous a semblé moyen. À refaire, nous irions directement voir un opéra ou un ballet, les tarifs sont à peine plus élevés que la visite. Non loin de là il y a un autre grand théâtre, le Teatro Politeama, également très beau de l’extérieur.
La nature à Palerme
Les palais, les places et les églises c’est beau mais un peu de fraîcheur et de verdure ne font pas de mal entre deux visites !
On a été au jardin botanique non loin de la gare et on a été franchement déçu : une grande partie du parc est mal entretenu voire laissé à l’abandon. C’est vraiment dommage car il y a de beaux spécimens et il y a un vrai potentiel pour en faire un parc magnifique. Bref on ne recommande pas cette visite à part si le jardin est un jour repris en main !
Si vous êtes dans le coin, privilégiez plutôt la Villa Giulia, juste à côté du jardin botanique, un parc qui n’a rien d’exceptionnel mais qui est au moins gratuit.
Si vous voulez voir des ficus géants sans payer le billet d’entrée du jardin botanique, on vous recommande le Giardino di villa Garibaldi dans le quartier de la Kalsa : c’est un charmant jardin public entouré de palais. Non loin de là, le port de plaisance est aussi une halte agréable au bord de l’eau.
Tout près du Palais des Normands, la Villa Bonanno nous a également beaucoup plu : ce jardin de style néoclassique, créé au début du XXᵉ siècle, est planté de grands palmiers et ponctué de statues et fontaines, parfait pour souffler entre deux visites.
Palerme côté cuisine
La gastronomie sicilienne est un vrai point fort de ce séjour ! En plus des incontournables arancini et cannoli, nous avons adoré la caponata (délicieuse salade d’aubergines) et les pâtes alla Norma, un vrai régal. Ne manquez pas de vous perdre dans les étals des marchés comme Piazza Ballarò ou le Mercato del Capo : l’ambiance y est bruyante, colorée, et pleine de vie. On peut y goûter toutes sortes de street food locale, et pour les amateurs d’apéro, c’est le paradis du spritz pas cher.

Nos bonnes adresses à Palerme :
– Al Sorriso : juste à côté de la gare, cet endroit ne paye pas de mine mais les plats sont bons, copieux et abordables ;
– Pollo allo spiedo : en dehors des rues touristiques, les plats sont copieux et abordables, mention spéciale à la délicieuse caponata ;
– Sfrigola : parfait pour manger un arancini sur la via Maqueda ;
– Funnaco pizzalab : pizzeria branchée sur une petite place agréable, c’est excellent ;
– BIGA Genio e Farina : idéal pour manger une part de pizza sur le pouce dans la via Maqueda ;
– MadoniEAT : une épicerie qui sert des plats pour le déjeuner, on a juste testé les cannolo qui sont exquis.
Bilan
On doit avouer que nous sommes un peu mitigés de notre séjour à Palerme. La ville a beaucoup à offrir, mais plusieurs aspects nous ont déçus : de nombreux sites étaient en travaux (et parfois depuis des années), le rapport qualité prix des visites nous a paru mauvais, surtout comparé à Naples ou à la côte amalfitaine, les rares églises gratuites sont parfois le lieu d’arnaques visant à faire payer un droit d’entrée aux touristes. S’ajoutent à cela la saleté omniprésente, les bâtiments en ruine, les voitures partout, et le manque d’espaces de promenade agréables.
Est-ce qu’il faut pour autant zapper Palerme ? Pas forcément. Cela reste un incontournable d’un séjour dans le nord-ouest de la Sicile, mais un jour nous aurait largement suffi. On garde malgré tout de très bons souvenirs : des habitants accueillants, des églises sublimes, une gastronomie savoureuse… et un véritable dépaysement.
Les émissions de CO2
En avion : environ 1,2 tonnes de CO2*
En train : environ 100 kg de CO2*
*Emissions pour un aller retour Bordeaux – Palerme. Source : simulateur de lowtrip.















































